Death metal, teaching and custom guitars with Augury's Pat Loisel

*Note that we’re no professional translators, we'll try to upload an English version of this interview soon.

Ça fait déjà un certain temps que je suis Patrick Loisel, chanteur et guitariste de la formation Augury, via les réseaux sociaux. Sur Facebook, il commente quotidiennement l’actualité et nous sert quelques tranches de vie. J’ai eu envie d’en connaître un peu plus sur lui et il a gentiment accepté de répondre à quelques-unes de mes questions. Dans cette entrevue, il sera question de sa jeunesse de métalleux, de son métier d’enseignant et de sa petite entreprise de lutherie. Bonne lecture!

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BAM - Pour commencer, peux-tu nous parler un peu de ton parcours? Si je ne m’abuse, tu viens de la région de Valleyfield? Jeune métalleux, tu as également été membre des groupes Foreshadow et Kralizec au courant des années 1990. Bref, peux-tu nous faire un portrait du Patrick Loisel d’avant la formation d’Augury?

Je suis né à Montréal le 26 mai 1970 et j’ai effectivement grandi à Valleyfield. J’ai commencé à jouer du clavier vers dix ans, ensuite de la basse et j’ai focussé sur la guitare à 13. J’ai aussi essayé de me mettre à la batterie, mais il y a eu comme eu un petit problème de voisins…

Très jeune, j’écoutais les Beatles, The Who, April Wine, Styx et Offenbach, mais j’ai d’abord commencé la musique en jouant au clavier des trucs New Wave comme Human League, Visage ou Trans-X. il y avait alors une vibe science-fiction / fantastique qui a été perdue quand le tout s’est transformé en Dance Music. Ça, j’ai vraiment détesté ! Certaines mélodies que j’avais composées à cette époque sont devenues des tracks de clavier plus tard ;  quand je les jouais durant mon adolescence, on me faisait taire assez vite parce que trop sinistre…

Les premières années, vraiment personne ne voulait jouer la musique de bands obscurs de l’autre bout du monde que j’écoutais. Mes premiers gigs officiels ont été du top 40 et de la musique de club. C’était ça ou tu restais chez toi. J’ai rejoint de vieux amis pour former Foreshadow en janvier 1990. Nous nous sommes séparés fin-95 pour cause de divergences musicales mais ce sont toujours de très bons amis. Nous avons produit quatre enregistrements qui comportaient quand même beaucoup d’innovations dont nous sommes fiers. D’ailleurs, en février 2021 nous fêtions l’anniversaire de notre premier démo.

Après Foreshadow, je cherchais d’autres musiciens pour enfin enregistrer mes idées qui sonnaient un peu trop Dracula, et au contraire c’est moi qui fut recruté dans un band Death Metal appelé Deafness. C’était un band Death classique mais je les ai un peu entraînés sur un autre sentier en y incluant des trucs de claviers à la Emperor qui m’ont permis de ressortir quelques-unes de ces mélodies mises de côté.

BAM - Vous décidez de former Augury en 2001-2002, qu’est-ce qui t’amène ainsi que les autres membres du band à fonder ce nouveau groupe?

Ça remonte à l’automne 1997, je vivais littéralement dans le local de Kralizec et je consacrais tout mon temps à composer le clavier et la batterie. Un soir, quelqu'un a cogné à la porte, un certain Mathieu Marcotte. Lui et son band de l’époque (Spasme) venaient de débarquer à Montréal et ils faisaient le tour des locaux à la Cité 2000 pour saluer les gens!

Un peu plus tard, nous sommes devenus colocs et collègues sur la construction et quand Kralizec m’a viré, j’ai simplement changé mon gear de local. Dans ce temps-là, ma participation musicale était occasionnelle ; je vivais en tant qu’enseignant résident dans la communauté autochtone de Manawan pendant que Mathieu pratiquait avec l’un ou l’autre de nos amis pour voir avec qui ça fitterait le mieux et je revenais un week-end sur deux... En fait, Forest et Arianne avaient déjà pratiqué avec lui avant que je ne commence à m’impliquer sérieusement, donc on peut dire qu’ils sont arrivés dans le band avant moi.

BAM - Peux-tu nous parler un peu du concept du groupe et de l’univers dans lequel il évolue? Tu sembles être le parolier d’Augury et peut-être même de certains de tes anciens groupes. Où trouves-tu tes inspirations? Quels sont les thèmes que tu aimes le plus aborder et pourquoi?

Ce sont les mêmes sujets que je porte presque depuis ma préadolescence. J’ai toujours milité pour la nature et les droits humains, et j’ai toujours été fasciné par la science et l’insolite; en parler est une seconde nature pour moi. Cela se transpose dans tout mon discours public, que ce soit dans des paroles de band ou toute autre communication. Je ne pourrais pas m’investir dans quoi que ce soit sur la base de sujets frivoles. Je ne suis pas fait pour faire du commercial.

Décrire tous les concepts serait très long, mais je parle souvent de la possibilité que des civilisations avancées nous aient précédés à des époques reculées, et que ce qui en subsiste serait ce qu’on appelle le gouvernement mondial, les civilisations intra-terrestres etc. Ici, l’homme est vu comme étant secrètement le bétail de quelque chose de plus évolué.

Mes notions de base sont très complotistes. Pourtant, après presque 40 ans d’étude soutenue du sujet, mes conclusions pointent à l’inverse de celles des complotistes d’extrême-droite. J’ai aussi conclu que la mentalité autoritaire était le résultat de réflexes animaliers qui se transposent dans la civilisation humaine.

BAM - Entre 2005 et 2018, vous avez lancé trois albums. Peux-tu nous parler de votre processus de création et de comment le groupe a évolué à travers les différents albums, les tournées et les années? La formation est toujours composée de Mathieu Marcotte à la guitare, d’Antoine Baril à la batterie, de Dominic 'Forest' Lapointe à la basse et de toi au chant et à la guitare? D’ailleurs, j’ai cru comprendre que vous aviez déjà commencé à enregistrer du nouveau son? 

Ouais, quand on le peut on va chez Mathieu enregistrer de nouveaux riffs. Mais nous sommes tellement occupés et avons subi tellement d’imprévus dans le passé qu’on a depuis longtemps renoncé à la notion d’échéance! Nous avons touché à tous les modes de composition possibles, que ce soit jammer en band dans un local, un compositeur qui montre sa toune aux autres ou du travail studio fait à distance.

Et il serait difficile de deviner quelle chanson fut composée d’une ou l’autre manière. Nous rajoutons des petits éléments musicaux découverts entre temps entre les albums, mais notre composition restera toujours la même. Je ne vois pas Augury faire autre chose. Je ne me vois pas faire autre chose.

BAM - Pour la production de vos albums, vous avez travaillé avec plusieurs labels différents, notamment Galy Records du Québec, ainsi que Nuclear Blast Records, et The Artisan Era basés en Europe et aux États-Unis. Est-ce que ç’a été de bonnes expériences? Comment se passent vos relations avec l’industrie de la musique métal?

Si on y va chronologiquement, de mieux en mieux. Il y a des moments où les pressions de l’industrie m’ont ruiné la vie, Nuclear Blast exigeait qu’on enfile les tournées et j’ai dû quitter l’enseignement presque deux ans pour ne pas laisser tomber mes amis. J’ai tellement trop d’autres trucs en parallèle aussi et je suis ultra-solitaire... Je m’en allais sur 40 ans quand l’industrie nous a repêchés, alors j’étais passé à autre chose. Entre 18 et 32 ans, j’étais prêt à tous les sacrifices, mais alors personne ne voulait rien savoir. Quand on parle de mauvais timing… 

BAM - En dehors du métal, tu es également professeur d’histoire dans une école secondaire de Montréal. Peux-tu nous dire qu’est-ce qui t’a amené vers cette profession? Est-ce difficile pour toi de concilier travail et musique? Comment se passe le retour en classe, s’il y en a un?

J’ai fait mes études universitaires de 1990 à 1994 mais je n’ai pas intégré le métier tout de suite; je n’étais pas prêt. C’était trop intense. J’ai vivoté d’une jobine à l’autre jusqu'à la trentaine et j’ai rencontré de méchants agrès. Depuis environ 2012, je n’ai à peu près pas eu de réaction négative envers ma musique mais c’était arrivé avant. Les gens n’ont pas vraiment mal réagi à la musique elle-même mais plutôt à sa visibilité, et la désapprobation était proportionnelle à la grosseur du média où ils m’avaient vu. Je suis à mon école actuelle depuis 2016 et ce sont les meilleurs collègues que je n’ai jamais eus. Ils m’encouragent beaucoup et c’est le monde à l’envers comparé aux autres places. Rigolo : Les 2-3 derniers shows qu’on a fait, une grande partie du mosh pit était des collègues!! J’espère y rester jusqu'à ma retraite dans 12 ans!

Pour ce qui est de la classe, ça va bien. On a quelques cas qui fonctionnent mal, mais en contrepartie j’ai beaucoup d’élèves qui ont ramené leur attention sur leurs études et qui se sont améliorés. Ils sont très résilients et aussi très prudents. J’adore faire l’école à distance et je la continuerais si je le pouvais, mais je garderais une proportion des cours en présentiel car c’est mieux pour les activités comme les évaluations. Je préfère la combinaison des deux à l’un ou l’autre.

BAM - Tu publies beaucoup sur Facebook à titre personnel. Outre les anecdotes de tournées, la musique et l’histoire, tu touches un peu à tous les sujets : environnement, actualité, marginalité, théories du complot, politique, etc. Qu’essaies-tu d’accomplir en créant la discussion et le débat? Vois-tu cela comme un prolongement de ton métier?

Totalement, et j’ai toujours vu ça comme une manière de démêler les malentendus et réconcilier les gens. Peut-être même un peu trop. J’ai l’impression que ma vie fut passée à recevoir des pièces de casse-tête et là tout tombe en place, je relie des points et certains étaient très éloignés, le portrait me saute dans la face 30 ans plus tard ! Je suis comme un peu remonté à l’origine des comportements destructeurs individuels et collectifs de l’être humain, des attitudes qui existent au niveau privé (version micro) et étatique (version macro); ce sont les mêmes principes qu’entre attraper un choc sur une poignée de porte ou un éclair dans le ciel, et une grosse part des problèmes sociaux provient du fait que trop de gens orientent leur vie en fonction de leurs instincts. J’en parle un peu dans mes paroles, mais c’est dur de développer une pensée scientifique sur un médium quand même assez émotif et théâtral.

J’ai énormément lu sur le comportement animal et j’avais remarqué que les gestes de compassion souvent observés ainsi les apprentissages complexes acquis en captivité disparaissent lorsqu'émerge l’instinct reproducteur et surtout le côté compétitif qui va avec. Et, ironie, les mâles alpha sont les plus réfractaires à tout apprentissage ou comportement non reliés aux instincts de base (se nourrir, compétitionner, acquérir territoire et partenaire pour se reproduire etc…) et je pourrais passer 25 pages sur les comportements humains qui remontent à ça. J’ai perçu une alternance. Imagine 10-15 ans d’ouverture, de tolérance, de créativité. Puis des éléments réactionnaires pognent les nerfs et effacent le tout et là on est partis pour un 10-15 ans de conservatisme rigoriste. Genre, ça trippe full science et spiritisme et puis BANG "OK, lâche tes niaiseries, fais du cash et fonde une famille".

J’ai trouvé tellement de similitudes entre le basculement des valeurs sociales entre les années 20-30 et les années 70-80 que je pourrais écrire régulièrement là-dessus jusqu'à un âge canonique !

BAM - Au moment de répondre à cette interview (janvier 2021), quel sujet d’actualité retient ton attention et pourquoi? 

Ben, suite à ce qui précède, une grosse partie de mon enseignement et de mes recherches s’est orientée sur la détection des signes sociaux qui annonceraient d’avance une dérive autoritaire. J’enseignais sur ce qui a porté les Mussolini, Hitler et compagnie au pouvoir, et quand j’ouvrais les nouvelles en arrivant chez moi, j’avais l’impression de faire du temps supplémentaire!!! [Rappel qu'en janvier, Donald Trump refusait le résultat de l'élection américaine. Ses partisans ont envahi le capitole des États-Unis le 6 janvier 2021.]

BAM - Dans tes temps libres (ou ce qu’il en reste), tu t’adonnes à la lutherie notamment via la fabrication de guitares et autres instruments à cordes. Peux-tu nous parler un peu de Merfolk Industries et de la place que ça occupe dans ta vie?

Je n'appellerais pas vraiment ça du temps libre vu que c’est un marathon de minutie. Mes seuls vrais hobbies sont la pêche et l’élevage de mygales. J’aime aussi les drones mais c’est beau si j’y touche 5 fois par année. Ce qui m’intéresse c’est de concevoir des nouveaux designs.

En 2005, et même un peu après, des gens ne croyaient même pas que ça existait. Je me spécialise dans ce qu’on ne trouve pas dans le commerce et dans la construction de manches ergonomiques, pour des gens qui ont des problèmes aux mains. Un bon exemple est ma guitare personnelle, je ne peux jouer que sur un scale très court à cause de problèmes articulaires douloureux.

Chaque instrument est un prototype différent des autres, ce qui rend la conception complexe. Comparativement, les compagnies vont en bâtir plusieurs avant que tout marche ensemble. Je dois faire tous les tests sur le même exemplaire et des fois j’accepte des projets assez casse-cou. Par exemple, je reçois les pièces et elles se révèlent incompatibles entre elles; je dois souvent trouver des solutions à la McGyver…

BAM - En terminant sur une note plus légère, peux-tu nous parler de ce que tu écoutes comme musique en cette période mouvementée? Des groupes attirent ton attention? Des amis ont des projets qui méritent d’être connus?

Ça déçoit les gens quand je dis ça, mais dès que je le peux je me mure dans un silence que je ne brise que lorsque je prends un instrument. Il faut dire qu’hors-pandémie mon milieu de travail est très bruyant. Des fois, j’ai un flash d’écouter une chanson à répétition. Des fois je découvre des trucs en navigant sur Youtube mais je joue 100 fois plus de musique que j’en écoute. 

Cette année, j’ai adoré le groupe finlandais Havukruunu, ou encore des trucs comme Akhlys qui me rappelle de vieux favoris comme Superior Enlightenement, Blut aus Nord ou Deathspell Omega. Justement, Superior Enlightenement est un monument pour moi, ce sont des amis, mais je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi pionnier passer autant sous le radar. Il y a aussi la formation japonaise Dollsboxx que j’adore. Mais ma plus grosse idole musicale à vie sera toujours Groovy Aardvark.

Visitez le site web d’Augury pour en connaître plus : https://augurymetal.com/

Propos recueillis par Éric Faucher

Gear Rundown

Guitare : C'est la Merfolk 2018 (parce que j'en fais une par année, deux max!), que j'ai construite et adaptée ergonomiquement. Elle est en noyer avec des frets fanned 24.5/24''. Depuis toujours j'utilise des pick-ups EMG 81. Je l'ai fait minuscule pour pouvoir en mettre deux dans le même gig bag et ça me fait paraître encore plus dodu!

Cordes : Je dois acheter mes cordes à l'unité, donc je me ramasse surtout avec des D'Addario. J'utilise 12-16-24w-44-56-80 (qui est normalement une corde de basse) et nous sommes accordés en Drop A/B. Ce set up est très bas et super juste. Pour des raisons articulaires, je suis incapable de jouer de manière prolongée sur tout autre instrument. C'est la deuxième de la série et j'ai commencé la troisième.

Pick : J'alterne entre des picks de ma construction et des Dunlop 5mm.

Ampli : Je n'en ai pas. Ça fait dix ans que j'emprunte ou je loue. Nos deux préférés sont Dual Rectifier et 5150, nous utilisons l'un ou l'autre.

Cabinet : Ce que le promoteur me fournit. J'ai un vieux Randall à la maison qui deviendra deux 2 x 12''.

Pédale(s) : Un Boss GX-700, le même depuis les années 90!!! Configuration 4 câbles.

Élément distinctif pour ton tone : Je mets relativement peu de distortion et je gratte très fort. La construction de mes guitares aide.

Élément essentiel dans ta demande de backline : Comme je chante très fort, le band doit être dans le prélart pour ne pas que je les perde de vue... heu, d'audition!

Micro pour le vocal : Ce qu'il y a sur place. Tant qu'il sonne et qu'aucune odeur ne s'en dégage ça me va. Je demande toujours au soundman de me compresser à l'os et de mettre un peu de reverb, et pas trop fort dans le moniteur. Pour rigoler, je dis souvent ''fais-moé sonner comme Shagrath!!''

Influences comme guitariste : Dave Murray, Akira Takasaki, Rhandy Rhoads, Yngwie Malmsteen.

Influences pour le chant : Dan Swano, Dani Filth, Benjamin Leclerc, Sébastien Croteau.

Influences musicales : Une tonne, mais ce qui en ressemble le plus est définitivement le Black symphonique 1995-2005. Avant ça: King Diamond, Nasty Savage, Satan (le band britannique), April Wine, Rush, SYL, Fear Factory, Morbid Angel, Edge of Sanity et une couple de pages de plus!!!

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